Cadavre exquis d’Augustina Bazterrica

Ma note : Coup de coeur

Fiche technique et résumé de l’éditeur

Titre : Cadavre exquis
Auteur : d’Augustina Bazterrica
Éditeur grand format : Flammarion
Date de sortie grand format : 21 août 2019
Nombre de pages : 304 pages

Résumé : Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation.Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir et ressent un beau jour un trouble pour une femelle de « première génération ». Or, tout contact inapproprié avec ce qui est considéré comme un animal d’élevage est passible de la peine de mort. À l’insu de tous, il va peu à peu la traiter comme un être humain.
Le tour de force d’Agustina Bazterrica est de nous faire accepter ce postulat de départ en nous précipitant dans un suspense insoutenable. Roman d’une brûlante actualité, tout à la fois allégorique et réaliste, Cadavre exquis utilise tous les ressorts de la fiction pour venir bouleverser notre conception des relations humaines et animales.

Ce que j’en ai pensé

Ce roman est une immense claque ! Un roman qui fait réfléchir, un roman qui dérange, un roman qui remue les tripes !

Cette dystopie n’est sûrement pas si loin de notre futur. En tout cas elle n’est pas farfelue et aberrante. Un virus a contaminé tous les animaux. Il est mortel pour l’Homme. Nous n’avons plus de protéine à manger alors les gouvernements mondiaux ont décidé que la nouvelle viande serait… des humains. Bon, les insectes ne rentrent pas en ligne de compte pour l’absorption de protéines. Je préfère cette alternative à l’écologie !

Pour pénétrer dans cette atmosphère dérangeante, écœurante, mais réelle avec ce que nous faisons des animaux aujourd’hui, on suit Tejo, un homme qui n’accepte pas cette nouvelle consommation et le monde tel qu’il est depuis la Transition. Il est par contre obligé de travailler pour l’ancien abattoir de son père. C’est actuellement le seul travail qui rapporte et la maison de fin de vie de son père est gourmande. Tejo visite des tanneries, des élevages et fait faire le tour du propriétaire de son abattoir à des futures recrues. Il a un détachement que nous ne pouvons pas avoir. Le récit parle de lui à la troisième personne et en le nommant rarement. Placer des humains là où nous mettons aujourd’hui les animaux était une idée brillante qu’il fallait oser ! Et c’est tellement réussi qu’on y croit !

La nouvelle viande n’est pas considérée comme un être humain. De fait, aucun contact n’est autorisé. Un jour, Tejo tombe amoureux d’une femelle d’un élevage. Et son monde change. C’est un homme brisé qui ne comprend pas le monde dans lequel il vit. Son désespoir est profond et total. Il est autant révolté que nous le sommes à la lecture de son récit. Notre inhumanité est disséquée et pointée du doigt. Et c’est moche. L’Homme est un loup pour l’Homme.

Le final est le coup de poignard que l’on n’attend pas. Une trahison gerbante. Un baffe monumentale qui m’a fait réfléchir à tel point que je n’ai pas pu écrire cette chronique plus tôt.

Bref, un roman à ne pas lire en mangeant (j’ai essayé, j’ai arrêté de manger), un roman révoltant et qui rend nauséeux mais que je n’ai pas pu lâcher. Une claque magistrale comme je les aime en littérature !