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Luciole chroniqueuse

Ravage de Barjavel

Résumé de l’éditeur

«- Vous ne savez pas ce qui est arrivé ? Tous les moteurs d’avions se sont arrêtés hier à la même heure, juste au moment où le courant flanchait partout. Tous ceux qui s’étaient mis en descente pour atterrir sur la terrasse sont tombés comme une grêle. Vous n’avez rien entendu, là-dessous ? Moi, dans mon petit appartement près du garage, c’est bien un miracle si je n’ai pas été aplati. Quand le bus de la ligne 2 est tombé, j’ai sauté au plafond comme une crêpe… Allez donc jeter un coup d’œil dehors, vous verrez le beau travail !»

Ce que j’en ai pensé

Ravage de Barjavel est le livre que j’ai reçu avec ma seconde Kube, la box littéraire qui cartonne en ce moment. J’avais demandé un roman SF post-apo et il correspond bien au thème. C’est un classique de la littéraire et je ne l’avais encore jamais lu.

Ravage est un roman appartenant au genre post-apocalyptique, qui pourrait être comparé à 1984 d’Orwell (que je n’ai pas lu :D), pour la vision futuriste. Une panne d’électricité mondiale force les Hommes à chercher de nouveaux moyens de survivre en cette année 2052, sans nucléaire, sans électricité, sans moteur… Les avancées technologiques sont surprenantes et certaines ont même été réalisées aujourd’hui. Barjavel invente la liseuse, les écrans individuels dans les trains, des animaux modifiés sont créés pour leur beauté, une gigantesque tour dans le quartier de Montparnasse (avant même que celle qui existe soit un projet). Il n’y a plus d’agriculture et toute la nourriture est fabriquée dans des laboratoires…

Je ne vais pas m’attarder sur ce côté du roman d’anticipation, à la pointe de la technologie avec des voitures qui volent et le survie d’un groupe. Je vais centrer cette chronique sur le point qui m’a extrêmement dérangé dans cette oeuvre : La condition de la Femme. « A leur place avec un balai » comme dirait un collègue (ouais, je l’ai remis à la sienne de place, et comme il faut).

Ravage est écrit en 1942, avant le droit de vote des femmes en 1945, à une époque où la femme servait à faire le ménage, la cuisine, la lessive et des enfants. Une machine de propreté et de reproduction. Autant l’auteur a poussé les inventions et modes de survie et est un précurseur de la science-fiction française, autant la Femme est restée la sous-merde d’avant Simone Veil et tous les combats suivants. Comment aurait-il été pensable que la Femme ait une place d’égale par rapport aux hommes ? Merci donc pour cette belle leçon de sexisme Monsieur Barjavel. Grâce à votre lourde insistance sur notre vie misérable et d’esclave, je n’ai pas aimé votre roman !

Les meufs, voyez quelle aurait été votre vie dans 40 ans à travers quelques citations et analyses tirées de cette oeuvre :

  • Le personnage féminin principal (j’allais écrire « héroïne » mais elle est tellement décrite comme une soumise que je ne peux pas) faisait partie, au tout début du roman, de l’Ecole Nationale Féminine, qui forme les femmes à être des « mères de famille d’élite ». Oui oui. Au moins. Alors, peut-être serez vous soulagées de savoir qu’elle a quitté cette école ? Oui, mais non. Parce qu’elle a saisi l’opportunité offerte par le dirigeant de la radio parisienne et est devenue danseuse pour le plaisir des hommes, fiancée à un homme qu’elle n’aime pas mais qui est riche alors ça va.

 

  • Barvajel invente aussi le Conservatoire. Les morts ne sont plus enterrés dans des cimetières mais conservés congelés dans des pièces spéciales dans chaque appartement, avec leur famille. Ils sont mis en scène comme dans les musées d’Histoires Naturelles. Ainsi, la femme, même congelée, n’avait servi à rien qu’enfanter. Inutile de se souvenir d’elle.

    Les petits-enfants de l’an 2050 devaient à cette invention de connaître leurs arrière-grands-pères. Le culte de la famille y gagnait. L’autorité d’un père ne disparaissait plus avec lui.

    Et « grandmaman » est une pauvre prude qu’il faut protéger. Est-ce qu’à l’inverse, « grandpapa » n’aurait pas été dérangé de voir Madame se faire prendre sur la table basse du salon par Monsieur ?

    Quand Monsieur allait retrouver Madame dans sa chambre, il prenait soin de tirer le rideau sur le mur de verre, pour ne pas choquer grandmaman.

 

  • Un dialogue pris au hasard, pour le fun. Je positive : la prochaine fois que je promets quelque chose, je ne m’y tiens pas parce que je ne suis pas obligée ! Et bim !

    —Mais, je lui ai promis…
    —Une femme, voyons, n’est pas obligée de tenir une promesse…

 

Tout ce qui précède a été tiré du premier quart du récit. Il a fallu que je m’accroche pour continuer le roman. Et si je ne l’avais pas fait, je n’aurai pas eu droit à cette fin magistrale, grandiose. Attention, je spoile. Si vous voulez garder la surprise finale de ce roman machiste, ne lisez pas entre les deux lignes qui suivent et passez à la conclusion 😉

 

 


Le groupe de survivants arrive à se stabiliser et doit recréer une société. Le héros devient le leader, le Patriarche. Il édicte des lois pour la survie de l’humanité, après avoir épousé la cruche du début et lui avoir fait 17 enfants.

  • Les femmes servent à la procréation
  • La polygamie est autorisée et obligatoire même
  • La plus belle femme de chaque homme du groupe est donnée au Patriarche (les groupes sont divisés à partir d’un certains nombres d’homme, pour agrandir le territoire)
  • Le Patriarche a 7 femmes, une pour chaque jour de la semaine
  • Les petites filles qui deviennent femmes doivent s’habiller de rouge pour que tout le monde sache que la voie est libre…

J’arrête, ça me file la gerbe…


 

 

Comment conclure ? On parle politique ? Trump ? MLP ? Leurs discours font tristement écho à cette vision apocalyptique de la Femme. En fait, non, je ne veux pas parler politique ici. Alors je choisis la voie du raffinement, la douceur des femmes fragiles, prudes, chastes et pures pour terminer : Barjavel n’a pas eu les couilles d’imaginer que la femme pouvait être l’égale de l’homme. Montrons-lui qu’on a du clito !

 

Ma note : 2/5

16 réponses sur « Ravage de Barjavel »

Oui, je comprends 😀 Je ne m’attendais pas à ça, ça m’aurait aussi rebuté avant la lecture sinon 😉
Bienvenue à toi, nouvelle fan <3 et merci pour tous tes commentaires

Tu devrais jeter un oeil à COMME TON OMBRE, du même « style » que Maud 🙂 Tout aussi Bluffant ….
C’est mon n° 1 … 🙂

Haha xD j’adore ta conclusion! Montrez-leur tu as raison!!! Hormis l’aspect réducteur de la femme, il a l’air assez bluffant pour ce qui est de l’anticipation ce roman. Je te conseille VIVEMENT 1984 qui l’est tout autant (ça en devient même carrément angoissant).

Oui, le côté anticipation, destruction de la société est plutôt bien réussi. Malheureusement, j’ai été aveuglée par le reste et je n’ai pas apprécié ma lecture autant que je l’aurai voulu 😉 Je note pour 1984, qui est dans ma PAL prioritaire !

Si tu arrives à mettre de côté la misogynie du récit, il te plaira. Il est très bon sur l’aspect post-apo 🙂

Ayant lu Le grand secret et La nuit des temps, où particulièrement dans le deuxième il place la femme au devant de la scène, j’ai du mal à pense que Barjavel soit dans l’extrême inverse dans un autre de ses roman. Ne penses-tu pas que c’était justement pour mettre le doigt sur ce problème de parité qu’il a orienté son histoire comme il le fait ? Je n’ai pas lu ce livre, et tu titilles ma curiosité.

Je ne sais pas. En tout cas, la critique de la société est très bien faite, humainement et politiquement. La misogynie est restée avant et après l’apocalypse. C’est effectivement peut-être un autre moyen de nous montrer que ce groupe d’Hommes n’a pas réussi à évoluer et apprendre du passé.

Bonjour, pour avoir lu plusieurs livres de Barjavel, je pense qu’il ne faut pas oublier que ce sont des fictions ou l’auteur caricature. Pas seulement les femmes, mais aussi notre humanisme via une société nombriliste, les hommes de sciences, de pourvoir et beaucoup d’autre choses.
Je n’irais pas dire qu’il n’était pas misogyne, je me suis borner a le lire, pas a faire une études de textes, ni a savoir ce qu’il as fait de sa vie.
La critique es très bien écrites, m’as donné envie d’en lire d’autres, mais dommage qu’elle ne soit axée que sur un point, alors que ce livre mérite différents regards je pense. Enfin bon, Barjavel a toujours fais cette effets que je sache.
Ceci n’est que mon point de vue, merci du votre.

J’ai écrit ma chronique à chaud, déjà titillée par les discours de Trump qui, à l’époque, noyait les réseaux sociaux. La similarité entre notre monde actuel et cette vision pessimiste de l’humanité m’a marquée. Mais effectivement, j’aurai aussi pu parler du côté technologique, de la remise en place d’une dictature, de la condition de la nature humaine…
Merci pour votre commentaire. Je tâcherai d’être plus vigilante sur les chroniques suivantes et de garder un côté objectif 😉

Personnellement, je n’ai pas comparé ce livre à 1984 mais au meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Si tu ne l’as pas lu je te le conseille. 🙂

Pour ce qui est de la vision de la femme, je suis d’accord avec toi mais j’ai trouvé que Blanche voulait se démarquer. Elle le dit d’ailleurs dans le livre quand elle pense à sa carrière de chanteuse. Si elle reste avec le personnage principal, elle sera coincée au foyer et elle ne veut pas ça. Par contre, ses désirs sont un peu hallucinants car elle veut sortir d’un cliché pour entrer dans un autre cliché. lol

Je vois la vision de la femme comme le reflet de la société de l’époque. C’est comme avec Tintin au Congo. Ce n’était pas considéré comme raciste à l’époque et maintenant ça le serait. Ce que je trouve bien dans ce genre de vision, c’est que ça montre qu’on évolue (et tant mieux !). Par contre, j’avais aussi du mal pendant ces passages car étant une femme, je ne peux qu’être touchée par cette vision réductrice.

C’est vrai que la comparaison avec Le meilleur des mondes est judicieuse avec ce roman 😉
Avec du recul sur ma lecture, je suis plus apaisée et effectivement la position de la femme est peut-être à prendre positivement vers une envie de changement de ma part de Blanche.
Merci pour ton long commentaire et d’avoir pris le temps 🙂 A bientôt pour de nouveaux échanges !

J’ai eu aussi beaucoup de mal a lire ce livre car en.plus d’être sexiste, il est raciste. J’ai lu ce livre après les recommandations d’une amie et par ce qu’il fait partie des romans phares d’anticipation. Quelle déception ! J’ai eu beaucoup de peine à le lire, c’est tellement mauvais !!! Pour ma part, l’auteur n’a fait que mettre sur papier ses fantasmes les plus sexistes et n’a eu aucune vision sociale!! AUCUNE finesse d’analyse sociologique RIEN. J’ai ressenti un grand manque de maturité, les émotions, les relations entre les personnages, rien n’est developpé…Les héros, sont des clichés pathétiques, et la fin….LA FIN est PRICELESS!!!! Je ne comprends pas pourquoi ce livre a eu autant de succès, la SF a vu bien mieux avant et après.

Je suis bien d’accord ! Il est sorti à une époque où c’est mieux passé visiblement. Le public d’aujourd’hui n’est pas la cible appropriée !

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