Visite guidée de l’Institut de Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale

Il y a quelques jours, j’ai eu le privilège de pouvoir participer à une visite guidée de l’Institut de la Recherche Criminelle de la Gendarmerie Nationale. Bonus : l’auteure écossaise Val McDermid faisait partie des visiteurs également. Je remercie vivement Les Arènes (Merci Jérôme) pour cette expérience inoubliable ! Cette visite a été organisée dans le cadre de la sortie française de Scènes de crime : 200 ans d’histoires et de sciences criminelles, document écrit par Val McDermid. Val utilise beaucoup la recherche scientifique pour s’inspirer dans ses romans. Elle essaye tant que possible de rester authentique. La visite de l’Institut était une grande expérience pour l’auteure également. En Angleterre, ces sites ne sont pas ouverts au public.

L’Institut, basé à Pontoise, regroupe dans un même lieu tous les services de recherche pour l’ensemble de la Gendarmerie Nationale du territoire français, DOM TOM inclus. Les 260 personnes sur site sont principalement des militaires et peuvent être déployés sous 2h dans le monde. Ce sont les militaires de cet Institut qui ont été envoyés sur le site du crash d’Ethiopian Airlines récemment pour analyser les corps et les identifier.

Au sein des seize départements de l’Institut, environ 600 dossiers sont traités par jour et une à deux équipes sont envoyées sur site pour apporter leur aide sur des scènes de crime.

Dans le cadre de cette visite guidée, nous avons pu avoir accès aux départements Génétique, Informatique, Incendies et Explosifs et Empreintes digitales.

Département Génétique

Le département Génétique regroupe quatre sous-départements :
– Chimie : balistique, toxicologie et explosif
– Identification humaine : empreintes digitales, insectes, anthropologie, odontologie
– Criminalistique ingénierie numérique : analyses de documents d’identité, informatique et véhicule (surtout pour les accidents)
– biologie génétique : traces sur les scènes de crime, service central de préservation des prélèvements biologiques

Dans ce département, 200 000 analyses génétiques sont effectuées chaque année. 140 000 suspects ont été arrêtés et leurs analyses ont alimenté la base de données génétique. Dans cette base ne sont conservés que les échantillons provenant de personnes arrêtées ou suspectées. Après la fin du procès, les analyses des personnes innocentes sont détruites. Aujourd’hui, en 2h, les 20 premiers résultats d’une analyse ADN peuvent être fournies aux enquêteurs. Le département analyse simultanément environ 1 000 échantillons par jour.

Département Informatique

Nous sommes ensuite passés à la visite du département Informatique où travaillent 22 membres du personnel. Ici, nous avons pu apprendre comment les données numériques sont récupérées d’un appareil, même très endommagés. Les principaux objets numériques analysés dans ce département sont les appareils de paiement (pour les fraudes bancaires), les cartes électroniques, les disques durs, les objets connectés (montres, Google Home), les GPS mais le plus gros de l’activité concerne la téléphonie. Pour une enquête récente, plus de 99 To (99 000 Go ou 99 000 000 Mo) ont été récupérés de plusieurs téléphones. Ce département ne fait que des analyses post-mortem. Il n’y a aucun service d’écoute téléphonique ou de surveillance.

Département Incendie et Explosif

Ensuite, nous sommes passés (avec changement de blouses protectrices à chaque fois) au département Incendie et Explosifs où 22 personnels aussi sont en activité. Ils procèdent ici à des analyses chimiques, traitent de cas d’empoisonnement, analyses d’explosifs (trace, analyse de molécule, système explosif), d’incendie (recherche de produits accélérants) et d’empreintes olfactives.

L’Institut est en train de mettre en place un projet qui a pour but de remplacer le travail des chiens. Un chien peut identifier 800 molécules mais il ne peut pas faire force de preuve au tribunal. En plus, en fonction des jours, l’analyse canine peut ne pas fonctionner. Reproduire analytiquement ce que fait le chien permettrait d’augmenter le nombre d’élucidation de crime. Aujourd’hui, les criminels se protègent de plus en plus (gants, blouses, masques…) mais l’odeur est quelque chose qu’on ne peut pas masquer. Trois types d’odeur sont présentes sur une personne. L’odeur primaire (patrimoine génétique), l’odeur secondaire (liée au régime alimentaire et aux médicaments) et l’odeur tertiaire (additifs crèmes, savons, parfums…)

Département Empreintes Digitales

Pour clore cette passionnante visite guidée, nous nous sommes rendus dans le département des Empreintes digitales. 10 personnes travaillent en laboratoire ou sur les scènes de crime pour s’occuper de cinq missions principales :
– Recherche de traces latentes sur les scènes de crime
– Comparaison de ces traces
– Restructuration des doigts
– Identification des semelles
– Comparaison de traces de semelles

Pour analyser les empreintes digitales, on analyse les doigts, les paumes et les orteils. Les traces papillaires sont uniques et permanentes (nous conservons les mêmes empreintes toute notre vie). Il y a trois détails d’analyse des crêtes, des sillons et des pores pour décortiquer une empreinte digitale :
– L’analyse des formes de l’empreinte qui reviennent souvent : 60% des gens ont une forme en boucle, 30% une forme en verticille et 10% en forme d’arcs.
– L’analyse des crêtes à la recherche de particularités
– L’analyse des bords des crêtes et aussi de leurs particularités.
Lorsque l’informatique vient aider pour ces analyses, une validation humaine est toujours faite une fois les résultats donnés.

Val et moi 🙂 (le ridicule ne tue pas !)

La retranscription de cette visite guidée s’arrête là. Val McDermid est repartie avec plein de bonnes idées et si le sujet vous intéresse, je vous conseille plus que vivement de lire Scènes de crime : 200 ans d’histoires et de sciences criminelles paru aux éditions Les Arènes.