La coquetière de Linda D Cirino

Résumé de l’éditeur

En 1936, dans le sud de l’Allemagne, à la lisière de la Forêt-Noire, Éva mène une existence monotone dans la ferme familiale. Un jour, alors que son mari est sur le point de partir pour l’armée, elle découvre un étudiant caché dans son poulailler. D’instinct, elle le protège et l’abrite. Cette présence déroutante va pourtant bouleverser sa vie… Qui est Nathanaël ? Quel danger court-il ? Avec son solide bon sens, Éva pose les vraies questions sur les préjugés, l’aveuglement, la lâcheté, et fait le récit émouvant de sa double éducation sentimentale et politique.

Ce que j’en ai pensé

J’ai lu ce livre pour le Summer Challenge de Citadelle Imaginaire, pour le pays Allemagne : « L’histoire de la vie ~ Lisez un livre qui met en scène un événement historique réel. » Ce roman se déroule en Allemagne en 1936, au début des camps de concentration (de « rééducation », à cette époque) et de la montée de la dictature auprès de la population allemande.

Juste pour vous resituer un peu et sans entrer dans un 3615MAVIE qui va ennuyer tout le monde, les romans qui traitent du nazisme me touchent de manière personnelle car il se rapprochent (beaucoup trop) de mon histoire familiale. Très longtemps, j’ai refusé de lire des livres, voir des films ou des documentaires sur cette période parce que cela m’atteignait trop, j’y étais bien trop sensible et c’était bien trop violent pour moi.

Avant de le lire, j’avais lu Le garcon en pyjama rayé, gagné à un concours de @flo_bouquine et j’ai décidé de me lancer dans Le choix de Sophie après ma dernière lecture prévue pour le Summer Challenge (Tuer le père d’Amélie Nothomb). Je me lâche sur le sujet !

Fin d’aparté sur cette phase hors sujet 😉 et je reviens à cette coquetière. Une femme simplette et très seule. Son mari n’a pas l’air de se rendre compte qu’elle existe. Elle est là pour les tâches quotidiennes et travailler à la ferme mais c’est à peu près tout. Quand il part à la guerre, il lui envoie des lettres dans lesquelles il ne parle que des activités de la ferme. Rien d’autre. Pas de sentiment, pas d’attention. Le mec qui fait rêver toutes les femmes 😀

Avec ses enfants, la relation est la même. Distante, froide. Ils font partis de la Hitlerjugend et elle ne semble pas adhérer à la philosophie inculquée, sans pour autant faire quoique ce soit contre. Ses enfants ne lui parlent pas plus que nécessaire et sont des adolescents insupportables qui ne vivent que pour le Führer. Eux aussi, ils font rêver !

Eva est très isolée, seule, naïve et elle se laisse vivre et happer par la routine des charges d’une ferme. Elle n’a pas le temps de se cultiver ou de s’intéresser au monde extérieur et n’a pas de notion de ce qui est en train de se dérouler dans son pays. Plusieurs passages mentionnant cette solitude m’ont marqués et m’ont rendue triste pour elle :

Le fait est que nous avions parlé ensemble plus longtemps que je n’en avais l’habitude avec quiconque.  Je n’avais pas assez d’expérience de la conversation pour l’interroger

Si j’avais semé la même parcelle que mon mari, il aurait été vain qu’il s’active dans le sillon voisin pour qu’on puisse bavarder. Nous n’avions jamais eu grand chose à nous dire.

Pour la première fois, je parlais à quelqu’un de mes sensations.

Cette solitude, cette routine d’absence d’échanges humains est vraiment désolante. Quand un jour surgit un étranger dans son poulailler, elle n’est pas prise de peur, pourtant un étranger se cache dans son poulailler. Elle l’observe et ne sent pas de menace chez lui. Les poules ne sont pas perturbées, deux raisons pour lui prouver que c’est un homme bien (qui a dit que c’était compliqué de faire confiance ?) Il lui demande de l’aider à se cacher. Elle accepte en se demandant bien pourquoi cet homme est recherché alors qu’il semble si gentil et inoffensif. Ses questionnements sont simples et sans arrières pensées. Sans s’en rendre compte, elle va agir pour faire avancer les choses, pour protéger cet étudiant Juif des camps où il doit être « recadré et rééduqué » (ouais… avec les Teletubbies aussi tant qu’on y est). Elle va trahir les nouvelles règles du Führer pour le sauver et se sentir vivre et vibrer, enfin !

Heureusement, une grande complicité va se créer entre les deux personnages. Ils n’ont pas beaucoup l’occasion d’échanger mais, avec le peu de dialogue qu’ils vont réussir à avoir, Nathanael va beaucoup apprendre à Eva, la coquetière, sur ce qui est en train de se passer en Allemagne, sur l’Humain, sur la vie.

On se laisse aisément emporter en 1936 dans cette Allemagne où la dictature prend gentiment mais fermement son ampleur. La vie y est de plus en plus contrôlée, tout vient petit à petit et discrètement et les récalcitrants sont menacés d’être envoyés dans les camps (eux aussi avec les Teletubbies) s’ils n’adhèrent pas. Les règles se durcissent tellement lentement que personne n’a l’occasion de se rebeller contre. Et il y a quand même une menace des forces de l’ordre qui règne et qui veille à calmer les rebelles s’il y en a. Sans entrer dans un débat politique, ça fait froid dans le dos si on fait un parallèle avec aujourd’hui… Mais ce n’est pas le sujet.

Malgré cela, ce roman est frappant de bonté et de générosité. L’instinct de dissimuler Nathanaël à son mari soldat et ses enfants, à fond dans les principes des Jeunesses Hitlériennes, n’a rien d’acquis. C’est purement inné de la nature bienveillante de cette femme, un instinct presque animal, de la survie. Un bon sens absolu malgré un manque de connaissance de l’environnement et de politique, qu’on peut supposer nécessaire pour comprendre qu’il faut cacher un Juif pour le sauver des camps dans cette Allemagne où la dictature s’installe.

C’est délicat de chroniquer sans spoiler ce livre. Je dois donc m’arrêter là, en espérant vous avoir donné envie de le lire. Oui, je sais, c’est très triste 😉 Étrangement (vu le sujet), ce livre est positif et remplit d’espoir sur l’humanité.

Ma note : 5/5